Hugues Gascan, directeur de recherche au CNRS, spécialiste de la maladie de Lyme, réagit au calvaire de Xavier Thévenard. Et de nombreux autres malades...
Directeur de recherche au CNRS et membre du Conseil scientifique de la Fédération française contre les maladies vectorielles à tiques (FFMVT),Hugues Gascan est un des meilleurs spécialistes français de la borréliose de Lyme. Interrogé par L'Équipe, il réagit au calvaire de Xavier Thévenard, raconte le parcours du combattant des malades, les progrès de la médecine dans sa compréhension de la maladie, mais aussi le regrettable retard pris par la science. Il appelle enfin à se méfier de certains traitements et certaines cliniques, à la limite du charlatanisme.
Dans les syndromes post-infectieux (SPI, en anglais PAIS, Post-Acute Infection Syndromes), qui incluent notamment le syndrome de fatigue chronique (ME/CFS, Myalgic encephalomyelitis / chronic fatigue syndrome), le Covid long et le Lyme long, il est possible de distinguer deux dimensions. La première, essentiellement physiologique, inclut notamment divers dysfonctionnements du système immunitaire, un risque d'auto-immunité, la persistance, parfois, du pathogène déclencheur, la réactivation de virus latents, ou un dysfonctionnement mitochondrial. La deuxième met en jeu le cerveau et, plus largement, le système nerveux. Cette double dimension, dont j'ai souligné récemment l'importance (Trautmann, 2025), est à la racine de symptômes majeurs des SPI : une sensation de fatigue exténuante, à la fois physique et intellectuelle, des troubles de la cognition, en particulier concernant la capacité de concentration ou la mémoire de travail, des difficultés à gérer des petits stress de nature pourtant banale.
Ce texte constitue une vulgarisation en français, de l'article de revue "Core features and inherent diversity of post-acute infection syndromes", paru en juin 2025.
Trautmann, A. (2025). Core features and inherent diversity of post-acute infection syndromes. Front. Immunol. 16. https://doi.org/10.3389/fimmu.2025.1509131.
La revue présente une analyse comparative de 3 SPI (syndromes post-infectieux) : le Covid long, le Lyme long/PTLDS (Post-treatment Lyme Disease Syndrome) et le SFC (syndrome de fatigue chronique). C'est à ma connaissance, la première étude approfondie basée sur ces 3 SPI.
Ce qui suit est un résumé, des principaux points abordés lors du colloque de l'ETBD, qui ont été retenus par A. Trautmann. Ce colloque s'est tenu les 10 et 11 mars au CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers) à Paris. Il était placé sous le patronage de ESCMID et des CR-MVT.
CR-MVT = Centres de référence des maladies vectorielles à tiques.
ETBD = European Tick Borne Diseases
ESCMID = European Society of Clinical Microbiology and Infectious Diseases
Un des groupes de travail de l'ESCMID est ESGBOR = ESCMID Study Group for Tick-Borne Diseases
Le comité d'organisation de l'ETBD 2025 incluait 4 français (Alice Raffetin, Pauline Arias, Benoit Jaulhac et Julien Schemoul) et une suédoise (Anna Henningsson).
Le 13 mars 2025, la sénatrice de la Mayenne, Elisabeth Doineau, a posé une question au gouvernement au sujet des dernières recommandations de la HAS sur la maladie de Lyme.
https://www.senat.fr/questions/base/2025/qSEQ25030376S.html
La FFMVT remercie vivement Mme Doineau pour cette question, remarquable de précision et de pertinence, que l'on peut lire ci-dessous.
Le 18 février 2025, la Haute Autorité de Santé(HAS) a publié ses recommandations actualisées sur la Borréliose de Lyme et autres maladies vectorielles à tiques. Cette publication est entachée de plusieurs fautes.
Le communiqué de la HAS qui accompagne cette publication indique à tort que ces recommandations ont été approuvées à l'unanimité par les membres du groupe de travail...
Une nouvelle publication de l'équipe de Monica Embers (Tulane University, New Orleans, USA) donne des informations très stimulantes concernant le traitement du Lyme long/PTLDS[1]. Ce travail permet de consolider la notion que, pour venir à bout d'une bactérie difficile à éradiquer, une combinaison d'antibiotiques (ATB) a plus de chances d'être efficace que des ATB en monothérapie.
Une fatigue exténuante, non améliorée par le sommeil, est un symptôme partagé par tous les syndromes post-infectieux (Lyme long, Covid long, syndrome de fatigue chronique), quel que soit le pathogène déclenchant, qui est très souvent un virus (zika, chikungunya, Ebola, virus d'Epstein-Barr etc...).
Le NIH (Institut National de la Santé des Etats-Unis) vient de décider de financer 5 projets de recherche sur la maladie de Lyme.
La question générale posée aux chercheurs était :
Comprendre les signes et symptômes persistants attribués au Lyme long (PTLDS).
Le financement du NIH s'élèvera à 3.2 millions de $ la première année. Cela équivaudrait, en France, à un investissement de 600.000 €, uniquement sur ces nouveaux projets (les financements annuels de la recherche sur Lyme, publics + privés, aux USA, sont supérieurs à cette somme). Les projets pourront être financés sur une durée allant jusqu'à 5 ans.