CR de la conférence de l'ETBD, 10 et 11 mars 2025
Ce qui suit est un résumé, des principaux points abordés lors du colloque de l'ETBD, qui ont été retenus par A. Trautmann. Ce colloque s'est tenu les 10 et 11 mars au CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers) à Paris. Il était placé sous le patronage de ESCMID et des CR-MVT.
CR-MVT = Centres de référence des maladies vectorielles à tiques.
ETBD = European Tick Borne Diseases
ESCMID = European Society of Clinical Microbiology and Infectious Diseases
Un des groupes de travail de l'ESCMID est ESGBOR = ESCMID Study Group for Tick-Borne Diseases
Le comité d'organisation de l'ETBD 2025 incluait 4 français (Alice Raffetin, Pauline Arias, Benoit Jaulhac et Julien Schemoul) et une suédoise (Anna Henningsson).
Toute une journée du colloque a été consacrée à des questions concernant la prévention et l'épidémiologie.
Quelques points que l'on peut extraire des nombreuses présentations.
- Une tique dont on parle de plus en plus est Dermacentor, dont une espèce, D. marginatus, affectionne les zones sèches et chaudes, type maquis. Dermacentor est fréquemment porteuse de Ricksetties. Dans l'Est de la France, fréquence de présence de Ricksettia dans Dermacentor = 10 à 50% (Nathalie Boulanger, Strasbourg).
- A l'Institut Pasteur, il y a une seule équipe qui travaille sur Borrelia, celle de Sarah Bonnet, une ancienne collaboratrice de Muriel Vayssier-Taussat à l'INRAE. La contribution récente de cette équipe de Pasteur a été l'établissement d'une carte de distribution des tiques dans et autour de Paris. La conclusion ne surprendra personnee : il y a plus d'espèces de tiques en forêt …
- La tularémie, provoquée par Francisella tularensis, quasi absente en Allemagne il y a 20 ans, a vu sa fréquence augmenter rapidement ces dernières années. F. tularensis surtout présente dans Dermacentor reticulatus.
- Incidence de la maladie de Lyme en France, selon le réseau Sentinelle : il y a eu une nette augmentation entre 2015 et 2018, mais suivie d'une décrue ensuite, qui s'est poursuivie en 2023-2024.
https://www.sentiweb.fr/france/fr/?page=table&maladie=18
- Il a aussi été question de TBEV (tick-borne encephalitis virus). Fréquent dans la partie Est de l'Autriche. Du coup, > 80% de la population autrichienne est vaccinée, ce qui a fait chuter le nombre de personnes qui ont développé une TBE. MAIS un % non négligeable de personnes vaccinées ont néanmoins fait une TBE, souvent sous une forme sévère : le vaccin n'est pas parfait ! La même observation (vaccin anti-TBE imparfait) a été faite en Suède.
- Le vaccin VLA15-221 contre la borréliose de Lyme, actuellement codéveloppé par Valneva + Pfizer, est en cours d'évaluation (Phase II), sur > 9000 volontaires.
- Lors de cette journée, la parole a été donnée à une patiente britannique, Stella Huyshe-Shires, présidente de l'association Lyme Disease Action. https://www.lymediseaseaction.org.uk/
En off, j'ai appris que cette association est exigeante sur la qualité des informations à faire circuler, ce qui l'amène à être parfois critique de l'ILADS aux USA, ce qui est aussi mon cas.
Lors de la 2e journée, sur diagnostic et traitement, il n'y a eu AUCUN SCOOP, aucune avancée notable. On retiendra néanmoins les points suivants. - Une attaque sévère du test distribué par Phelix en Belgique, sur la détection de Borrelia par la technique des phages (le Dr Teulières est étroitement associé à Phelix), a été faite par Volker Fingerle, un allemand très actif dans l'ESGBOR. Cette critique correspond à un article co-signé par Fingerle il y a 4 ans: Van de Schoor … Fingerle ...van Dam (2021). Opinion: Methodological Shortcomings in the Study on a Prophage-based PCR Test for Lyme Borreliosis. Frontiers in Microbiology 12.
- Antoine Grillon (un des Strasbourgeois) a souligné l'importance de la chimiokine CXCL13 dans le diagnostic de la neuroborréliose (LNB). Il défend aussi l'importance de la synthèse intrathécale (production d'anticorps anti-Borrelia dans le LCR, liquide céphalo rachidien). Pourtant, il a montré que pour un % élevé de LNB, in n'y avait pas de synthèse intrathécale détectable.
J'ai posé la question : dans ce cas, pourquoi la retenir comme critère de diagnostic ? On notera que dans un article récent de Paul Trouillas sur 10 cas de LNB sévère (qu'il a traité par des antibiothérapies prolongées, dans 7 cas sur 10 avec succès), dans aucun de ces cas il n'y avait de synthèse intrathécale mesurable. Trouillas & Franck (2023) Complete Remission in Paralytic Late Tick-Borne Neurological Disease Comprising Mixed Involvement of Borrelia, Babesia, Anaplasma, and Bartonella: Use of Long-Term Treatments with Antibiotics and Antiparasitics in a Series of 10 Cases. Antibiotics 12, 1021
- On a également vu que des personnes ayant un traitement immunosuppressif de la réponse B (par du rituximab, pour des pathologies autoimmunes) avaient un risque nettement plus élevé que la moyenne à faire un PTLDS, et ces patients PTLDS immunodéprimés étaient absolument séronégatifs pour Borrelia
On peut donc se demander si des personnes spontanément immunodéprimées (avec un système immunitaire défectueux) ne tomberont pas dans le même piège : risque élevé de faire un PTLDS, tout en restant séronégatifs.
- Pfizer semble s'intéresser beaucoup à Lyme. Etonnant, le nombre d'intervenants qui étaient co-financés par Pfizer !
Posters
- Ci-contre, une partie d'un poster sur le logiciel TAC-TIQUES, rempli dans les différents CR-MVT (=TBD-RC), permet de comparer les prises en charge différentes selon les régions. Cela permet de voir par exemple, qu'il y aurait beaucoup MOINS de maladie de Lyme et de PTLDS dans l'Est de la France qu'au Centre et au Nord du pays. Plus précisément, sur 100 personnes qui consultent le CR-MVT de Strasbourg (région 3) pour soupçon de maladie de Lyme, 19 auraient une borréliose de Lyme possible ou confirmée, et 3 auraient un Lyme long/PTLDS. Alors que sur 100 consultants à Villeneuve St Georges (région 1), il y aurait 34 borrélioses de Lyme et 16 PTLDS. Autrement dit, 78% (100-19-3) des consultants à Strasbourg ont tort de penser que ce dont ils souffrent a un rapport avec Lyme, alors que ce rapport est de 50% à Villeneuve St Georges. Alors même que les données de France Sentinelles indiquent que cette différence entre les régions 1 et 3 devrait être inverse, puisque les tiques sont nettement plus nombreuses dans l'Est que dans le centre-nord de la France. On a là, la démonstration qu'il y a un problème de prise en charge de la maladie de Lyme en Alsace. Mais, aux yeux des médecins Strasbourgeois, cette bizarrerie a une explication (voir § suivant). On n'est vraiment pas obligés de les croire…
- Yves Hansmann et Elisabeth Baux (Strasbourg) ont fait plusieurs posters pour démontrer que la grande majorité des patients qui croient avoir Lyme se trompent et souffrent d'autre chose, qu'il est important de prendre en compte la partie émotionnelle de la crainte qu'ils ont d'avoir la maladie de Lyme, etc… Et qu'en revanche, la majorité de ceux qui vont dans les CR-MVT sont très satisfaits de leur prise en charge, ce qui peut être mesuré par un questionnaire établi scientifiquement (ci-contre).
- Pour les représentants de patients en France, Frédéric Maire pour France Lyme a présenté un poster, avec des données quantitatives sur l'errance médicale des patients Lyme et leur prise en compte dans les CR-MVT, très loin d'être satisfaisante.
- J'avais quant à moi demandé à être sélectionné pour présenter un topo de 10 minutes sur les syndromes post-infection aiguë. Ma candidature n’a pas été retenue...