Mot du président du conseil scientifique

Pr Christian Perronne

Département des Maladies infectieuses et tropicales
Hôpital Universitaire Raymond Poincaré, 92380 Garches

 

La maladie de Lyme et les maladies associées sont en train de remettre en cause beaucoup de certitudes dans la pratique médicale.
Depuis quelques décennies, la médecine a voulu devenir de plus en plus scientifique avec une exigence de preuves à tous les niveaux.
Les méthodologistes ont cherché à faire rentrer toutes les problématiques médicales dans des équations mathématiques en mettant en avant la toute puissance de la statistique.
C’est ainsi qu’est née la médecine basée sur les preuves, ou médecine factuelle, dont les concepts deviennent une référence universelle.

On a cependant oublié que la médecine factuelle a été conçue comme un trépied comprenant les résultats scientifiques publiés des études, l’expérience du médecin et le désir du malade.
Aujourd’hui, les médecins tout comme les autorités de santé ou les agences ne tiennent plus compte que du tiers scientifique, en mettant à la trappe les deux autres tiers, à savoir l’art du praticien et le ressenti des malades.

La maladie de Lyme, essentiellement transmise par les tiques, est au cœur du problème avec une majorité de signes subjectifs, c’est-à-dire non visibles et uniquement ressentis par le patient.
Si l’on ajoute des tests diagnostiques de mauvaise qualité ou calibrés pour que cette maladie reste rare, de nombreux malades restent en errance sans diagnostic précis, souvent pendant des années.

La médecine moderne soignant en priorité des résultats de scanners ou d’examens biologiques plutôt que d’écouter la souffrance des malades, on débouche sur une épidémie de « maladie imaginaire » qui détruit totalement la vie de milliers de personnes avec un retentissement profond sur leur entourage.
Si de surcroît, on se focalise sur le tiers scientifique de la médecine factuelle, on s’aperçoit qu’il existe dans les publications scientifiques internationales les éléments de preuve de l’existence de la maladie de Lyme dans sa forme chronique, toujours non reconnue officiellement, et sur la persistance de l’infection malgré des traitements antibiotiques prolongés.

Cette maladie fait entrevoir l’immense champ méconnu des infections inapparentes associées, évoquées par Charles Nicolle prix Nobel dans les années vingt, puis tombées dans l’oubli.

Puisse cette Fédération favoriser une réflexion multi-disciplinaire entre médecins, vétérinaires, microbiologistes, épidémiologistes, généticiens, immunologistes, sociologues, entomologistes et spécialistes de l’environnement, afin de faire avancer rapidement la recherche pour le diagnostic et le traitement.

Pr Christian Perronne
Département des Maladies infectieuses et tropicales
Hôpital Universitaire Raymond Poincaré, 92380 Garches

 

voir aussi : Le mot de bienvenue du Dr Raouf Ghozzi | Président de la FFMVT

 

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